Je vous parlais il y a 2 jours de nos vacances à Huaraz où nous avons escaladé le Mont Pisco. Voici le récit et des informations à propos de cette ascension.

 

Ascension du Nevado Pisco

Accès

Le Nevado Pisco (5752m) est situé au milieu d’un groupe de sommets prestigieux de la cordillère blanche : Nevado Huascarán (point culminant du Pérou à 6768m), Nevado Huandoy (6356m), Nevado Chopicalqui (6354m), Nevado Artesonraju (6025m), …

Centre de la carte
Accès au Nevado Pisco sur Google Earth

Pour y accéder depuis Huaraz, il faut d’abord se rendre à Yungay (1h30, environ 5 soles en mini-bus). De Yungay, vous trouverez ensuite de nombreux mini-bus et taxis qui pourrons vous déposer près du camp de Cebolla Pampa (25km, 1h30, environ 10 soles). Sur le chemin, vous pourrez admirer les Lagunas (lacs) de Llanganuco.

Approche

Au campement de Cebolla Pampa, vous pourrez embaucher des arrieros et des porteurs pour monter votre équipement. Les ânes montent jusqu’au camp de base, pour le camp moraine il faut un porteur. Pour l’aller ou le retour, l’arriero vous demandera 10 dollars plus 5 dollars par âne. Pour un porteur, compter 30 dollars par jour de travail.

Choisissez selon le temps dont vous disposez de monter au camp de base (2h, 4600m) ou au camp moraine (3h de plus, 4900m). Pour notre part, nous ne serions pas arrivés au sommet depuis le camp de base, nous avons déjà mis 10 heures aller-retour depuis le camp moraine (nous sommes allés lentement). De plus, la traversée de la moraine de nuit est très délicate : des passages très raides ou sur des arêtes très fines sans compter le labyrinthe de pierres.

Ascension

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Ascension du Nevado Pisco sur Google Earth

Depuis le camp moraine, nous sommes remontés jusqu’à la base du glacier (45 minutes) où nous avons chaussé les crampons. Rejoindre ensuite le col Pisco/Huandoy à 5300m (2h) puis de là, remonter toute l’arête du Mont Pisco pour arriver au sommet (3h). Globalement il n’y a pas de difficultés techniques sauf à la fin où il faut remonter 30m de neige dure à 55 degrés. Compter 3h30 pour la descente au camp moraine. La difficulté est plutôt dans la longueur de la marche et dans l’altitude.

In-vivo

Il est minuit au camp moraine du Nevado Pisco. Julio notre guide s’est trompé d’heure pour se réveiller et vient de passer une heure à lutter avec le réchaud qui ne veut pas se mettre en marche. Il me réveille et me dit qu’il faut partir sans déjeuner. Je lui répond qu’il reste encore 2 heures avant l’heure prévue. A 1h30 je me lève pour démonter, nettoyer et faire fonctionner le réchaud. Il fait froid la nuit à 4900m. Alexandra ne se sent pas bien et ne sait pas si elle veut faire l’ascension.

Après 30 minutes de nettoyage et bricolage, je réussi à faire chauffer au ralenti un peu d’eau pour un thé. Cette bonne nouvelle donne un peu d’espoir à Alexandra qui finalement se motive pour se lever. Impossible de manger à ma faim, mon estomac ne veut rien savoir, je sais pourtant que je le regretterai pendant l’ascension. Alexandra est dans le même état. La marche jusqu’au glacier sera horrible, notre corps n’est pas habitué à se mettre en route dans de telles conditions. La faim me déchire le ventre, pourtant impossible de manger beaucoup, nous prenons tout de même régulièrement des abricots secs pour ne pas risquer de manquer d’énergie comme l’an passé sur le Nevado Vallunaraju.

Enfin le glacier. Nous posons les sacs pour chausser les crampons, mettre le casque, attraper les piolets et nous encorder. Même si le sommet est techniquement facile, nous sommes en haute montagne et nous ne prenons aucun risque. A la descente, nous croiserons des personnes montées avec des bâtons de marche et d’autres pas encordées. Chacun son truc, mais les crevasses son bien là et difficile ou facile, les ponts de neige cassent de la même manière. Nous nous mettons en route, la neige est dure, bonne pour marcher. Quelques minutes plus tard, nous croisons une autre cordée dont la femme est en train de vomir. Ils sont montés trop vite du camp de base et doivent renoncer. Pour notre part, nous continuons lentement dans le froid. Arrivés au col, nous voyons les tentes d’un groupe de jeunes anglais qui ont campés au col du Pisco (!) pour raccourcir l’ascension. Ils ont du partir en même temps que nous et ont déjà bien avancé. Nous continuons, doucement, péniblement. Le corps est maintenant éveillé mais il reste toujours se problème de nutrition et de manque d’énergie. Alexandra doit souvent s’arrêter pour manger et reprendre des forces. Je profite de toutes ces poses moi aussi.

Quelques heures plus tard le ciel s’éclaircit et les étoiles font place à un dégradé de mauve et bleu. Le soleil se lève doucement mais il fait toujours froid. L’arête est de plus bien exposée au vent. Ce n’est qu’arrivés au sommet que le soleil nous réchauffera, en attendant nous alternons montées raides et replats. Pendant tout ce temps, nous n’avons pas échangé beaucoup de mots, l’alpinisme est un sport où l’on se retrouve confronté à soi-même pendant des heures, où l’on sent son corps réagir dans des conditions difficiles. C’est ainsi que je verse bêtement une petite larme de joie quand nous arrivons à quelques mètres du sommet : je sais que nous allons y arriver et d’un coup tous les doutes s’effacent, l’énergie revient, ce sera notre premier sommet réussi dans les Andes péruviennes au dessus de 5700 mètres.

Au sommet, il y a foule : le groupe de 15 jeunes anglais ainsi que 3 ou 4 autres cordées. La vue sur les montagnes alentour est splendide, c’est un panorama de pics de plus de 6000m situés sur les vallées nous entourant, c’est bien la meilleure vue de la cordillère comme on peut le lire partout.

Le vent souffle fort et cela inquiète notre guide : la descente peut s’avérer délicate si le temps change brusquement. Nous écourtons donc le moment de bonheur à contre-cœur et nous entamons la longue descente vers le camp moraine. Nous regardons avec envie dans la neige les traces de ski et de snowboard qui doivent dater de quelques jours. Peu de gens pensent à ceci mais si j’avais avec moi les skis de randonnée, je n’hésiterais pas une seconde à les prendre sur les sommets péruviens.

L’ensemble des photos